Qu’est ce qu’un jeu de role grandeur nature ?


Le jeu de rôle grandeur nature (GN) est une forme de jeu de rôle dans laquelle les participants incarnent physiquement des personnages et évoluent au sein d’un univers fictif commun. Il s’agit d’une expérience narrative où l’histoire se déroule en temps réel à travers l’interaction, le mouvement et la prise de décision.

De notre point de vue, et dans le cadre du travail que nous menons au sein de Nausika, le GN se situe à mi-chemin entre le jeu, le théâtre et l’art participatif. Il s’inspire de toutes ces formes, sans pour autant être entièrement l’une d’entre elles. Il n’y a pas de public, seulement des participants. Toutes les personnes présentes co-créent l’expérience. On ne se contente pas d’observer l’histoire, on y entre de plain-pied.

Ce qui rend le GN unique, c’est qu’il se vit à travers le corps. On ne se contente pas d’imaginer ce que ressent son personnage : on marche, on parle, on réagit et on interagit à sa place. Et d’une manière ou d’une autre, à travers ce processus, quelque chose bascule. Une situation fictive devient un espace où peut émerger des émotions, des réflexions et des prises de conscience très réelles.

Les GN peuvent prendre de nombreuses formes. Parfois, ils sont intimes et calmes, centrés sur de petites histoires humaines. D’autres fois, ils sont de grande envergure, épiques et pleins de tension dramatique. Ils peuvent refléter le monde dans lequel nous vivons, offrir un aperçu de l’avenir ou nous transporter dans des réalités totalement fictives. Mais au fond, ils posent toujours la même question : « Et si… ? »

Et si vous étiez quelqu’un d’autre, dans une situation différente, faisant des choix différents ?

Dans les GN, vous pouvez devenir presque tout ce que vous voulez : un dirigeant médiéval, un militant pour le climat, un voisin dans une petite ville, une émotion abstraite, voire un système ou une idée. Cette ouverture crée un espace permettant d’explorer des perspectives auxquelles nous n’avons généralement pas accès. À travers des symboles et des métaphores, nous pouvons aborder des sujets qui, autrement, pourraient sembler trop complexes, trop éloignés ou trop difficiles à aborder directement.

Il n’existe pas une seule et unique façon de pratiquer le GN. Les différentes traditions apportent des styles, des rythmes et des attentes variés. Certaines expériences visent une immersion profonde et une intensité émotionnelle, tandis que d’autres sont plus structurées, s’apparentent davantage à un jeu ou sont ludiques. Dans le cadre de notre travail chez Nausika, nous alternons souvent entre ces différentes approches, créant tantôt des expériences hautement immersives, tantôt des GN plus ludiques ou axés sur des ateliers, selon ce qui convient le mieux au groupe.

Grâce à cette flexibilité, le GN peut répondre à de nombreux objectifs différents. Il peut être un espace de créativité et d’expression artistique. Il peut être un outil de création de liens et de renforcement de la communauté. Il peut être un terrain de jeu propice à la joie et à l’expérimentation, mais aussi un espace d’introspection, où chacun explore ses émotions, ses réactions et ses façons d’être.

Ce que nous avons constaté, c’est que le GN devient particulièrement puissant lorsqu’il est utilisé dans des contextes éducatifs. Il permet aux participants non seulement d’aborder des sujets tels que le changement climatique, les dynamiques sociales ou l’identité, mais aussi de les vivre de l’intérieur. L’apprentissage devient ainsi plus personnel, plus concret et souvent plus mémorable.

C’est pourquoi le GN est de plus en plus utilisé auprès de différents groupes d’âge et dans divers environnements – des écoles et des échanges de jeunes à la formation professionnelle et au travail communautaire. Il peut être adapté aux enfants, aux jeunes et aux adultes, et conçu pour répondre à des objectifs d’apprentissage aussi bien simples que complexes.

Dans certains de nos projets, nous associons également le GN à des cadres plus larges tels que GreenComp, afin d’explorer les compétences en matière de développement durable à travers l’expérience plutôt que la théorie. Lorsque les participants endossent des rôles au sein de systèmes, prennent des décisions et en assument les conséquences, ils commencent à appréhender la complexité, l’interdépendance et la responsabilité de manière très concrète.

Nous avons développé des GN tels que « Climate Perspectives », « Time to Land », « Pig Grove », « Tree of Life » et « Ceremony of Hope », qui explorent tous les défis liés au développement durable et au climat – chacun à sa manière et à différents niveaux d’immersion. Certains se concentrent sur la compréhension des mécanismes systémiques, tels que les dynamiques économiques ; d’autres sur la gestion de perspectives diverses et d’intérêts contradictoires ; d’autres encore sur la réflexion, les émotions et le lien personnel avec le sujet.

En fin de compte, le GN est un accord partagé pour imaginer ensemble, mais aussi pour prendre cette imagination au sérieux l’espace d’un instant. Il crée un espace temporaire où les participants peuvent explorer, expérimenter et vivre quelque chose de significatif, à travers leur corps, leurs émotions et leurs relations avec les autres.

Et c’est peut-être pour cela que cette expérience reste gravée dans les esprits longtemps après la fin du jeu.

 

Références: 

Bowman, S. L. (2014). Educational Live Action Role-playing Games: A Secondary Literature Review. The Wyrd Con Companion Book 3, 112–131.

Johansson, K., Breejon Robinson, R., Bowman, S. L., Fey, J., Márquez Segura, E., Waern, A., & Isbister, K. (2024). Why Larp?! A Synthesis Paper on Live Action Roleplay in Relation to HCI Research and Practice. arXiv:2405.08526.